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photo de constance en action
photo : Julien Mignot

Constance Amiot, biographie (Biography : click here for english version):

12ème parallèle

C’est sur un axe à la fois imaginaire et révélateur des différentes latitudes de son histoire personnelle que Constance Amiot a choisi de poser le décor de son nouvel album. Un 12ème Parallèle imprécis, au nord duquel se situe pourtant le Cameroun, où elle a passé les premières années de son enfance, tandis qu’au sud se trouve Madagascar, l’un des berceaux d’une famille éparpillée dont elle constitue le rameau le plus voyageur. La cloisonner à l’intérieur des frontières de la chanson française, même la plus sophistiquée, serait donc la pire des méprises lorsqu’on sait qu’elle débarqua en France à l’âge de 22 ans sans aucunes chansons locales en mémoire. C’est plus volontiers dans les bars de Baltimore qu’elle fit son apprentissage de folk singer à chevelure fauve et à voix minérale, dans ce Maryland où son père économiste a exercé la plus longue de ses missions. Française d’Afrique ou d’Amérique, peu importe, puisqu’elle est faite naturellement de ces parallèles multiples qui sillonnent le globe et nourrissent une écriture qui évite les points d’ancrage trop profonds et les encrages unicolores. Constance chante ces « villes impalpables » et évoque souvent comme source principale d’inspiration ces grands espaces vierges qui lui tenaient lieu autrefois d’horizon. Son mémoire d’étude portait sur « le rôle du soleil dans le western », et outre l’image des canyons vertigineux c’est précisément cette luminosité solaire, ombrages compris, qu’elle a su capturer depuis toujours à travers ses compositions. Ici, on fit connaissance avec cette fille du vent et des plaines sur l’album Fairytale, en 2007. Elle y parlait déjà du « Bout du monde » en cherchant sa voix parmi les ramifications du folk anglo-saxon. Quatre ans auparavant, elle avait déjà publié un disque autoproduit, Whisperwood, empli de promesses qui ne demandaient qu’à éclore. Elle avait déjà un style, suffisamment élastique pour le prêter à des exercices inhabituels, comme lorsque son label de l’époque, Tôt Ou Tard, lui suggéra d’enregistrer en anglais l’album d’un de ses comparses d’écurie, La Tendresse du fou de Da Silva. Ce sera Once twice (2011), une réappropriation totale qui frustrait toutefois sa nature profonde de songwritrice. Libérée de son contrat après avoir mené à bien cette curieuse mission schizophrène, Constance a ensuite enregistré dans l’intimité un ep, Blue green tomorrows (2012) qui constituait la matrice de 12ème Parallèle et annonçait de prometteurs lendemains. Mais ce sont des retrouvailles impromptues avec un ami musicien un peu perdu de vue, Julien Gaulier du groupe Hey Hey My My, qui vont bouleverser légèrement le cours naturel des choses sur lequel elle avait prévu de laisser dériver ses nouvelles chansons. Au premier manteau folk, elle songe alors à rajouter des accessoires plus pop, des franges de cow-girl, voire des guirlandes électriques, n’hésite pas à chambouler certaines habitudes, voire à repartir de zéro. A propos de sa collaboration avec Julien, elle parle de « peinture fraîche » et d’une certaine insouciance de débutante retrouvée, d’un désir d’échapper à une empreinte qui correspond à merveille à son goût des voyages et des perpétuels déracinements. 12ème Parallèle, ce sont donc douze chansons aux vies parallèles qui se rejoignent toutefois pour former une élégante mappemonde à la cartographie singulière, en français et en anglais ourlés dans une même étoffe. Réalisateur et arrangeur de l’album, Julien Gaulier a eu la bonne idée d’amener avec lui une garde rapprochée bien affutée, celle de son projet parallèle Mother of Two, à savoir le bassiste Manu Ralambo et le batteur Colin Russeil, par ailleurs percussionniste de Gaëtan Roussel. Autour de ce noyau, les guitares en fils fragiles de Constance croisent celles plus robustes de Julien, des cuivres et des claviers s’immiscent à tâtons et c’est une véritable dynamique de groupe qui se met en marche pour donner plus d’élan et d’urgence qu’auparavant à des compositions qui n’attendaient visiblement que ça. Moins passive et contemplative, l’écriture de Constance Amiot s’est ainsi légèrement endurcie, en gardant suffisamment de souplesse pour ne jamais sembler subir d’outrages trop violents. Les inflexions country de « Overdrive », avec sa rythmique en petits galops, renvoient à son Amérique de cœur, mais dans les contre-allées de « Montparnasse » on peut aussi entendre l’écho du Vertige de l’amour de Bashung. Totalement à son aise dans l’endossement de rôles différents - en chanteuse grave et passionnelle sur « To all » ou en diseuse d’aventures plus légères sur « Manhattan », Constance a su trouver le ton juste, sans trop en faire, pour habiter ces chansons contrastées et les incarner jusqu’au bout des ongles. Si son éternel complice Jérôme Attal lui a encore écrit certains textes (le déchirant « Les Jours », « Montparnasse », « Manhattan »), si la nonchalance vocale de Jipé Nataf lui donne la réplique sur « Résonances », cet album est avant tout celui d’une artiste affranchie, en parfaire maîtrise de son art musical et narratif, que l’on semble redécouvrir sous un jour nouveau.